dimanche 10 mars 2013

Don Herzmachin, ou l'incroyable histoire du pauvre Bill

Bill porte un chapeau. Peut-être simplement, parce que ça lui donne plus confiance en lui, c'est comme ça qu'il peut se singulariser des autres. Tout le monde ne peut pas se targuer d'avoir un aussi beau chapeau. Si ce n'est que sous ce dernier, on ne sait pas trop ce qu'il peut bien y cacher. Peut-être bien qu'une monstrueuse excroissance aurait pris vie sur le haut de son crane ? Une tête de poisson même. Ça serait complètement fou. Mais Bill n'est pas fou car il n'y a rien sous son chapeau. 


Bill est né de la main de l'américain Don Hertzfeldt. Créateur de court métrages d'animations, prodige dès son plus jeune âge, Don n'a jamais travaillé à autre chose qu'à son art. Maître de son travail, a lui seul il gère le cycle de vie pour porter un nouveau film vers le public, que ce soit l'idée, le dessin, l'édition de l'animation et des voix jusqu'à la distribution et la promotion. En effet, Don, dans un pur esprit d'indépendance, effectue la tournée mondiale des cinémas pour faire à chaque fois d'une de ses projections un évènement.

Bill est un bonhomme allumette. Dessiné à la main et animé en stop motion, tout comme l'univers porté par les films de Don. Sous une apparente simplicité, l'artiste traite de sujets profonds comme l’existentialisme et autres thèmes philosophiques comme dans «The Meaning of Life» (2005), ce qu'on a pu faire de plus proche de 2001 l’Odyssée de l'Espace. «Billy's Ballon» (1998), «Rejected» (2000) ou encore «Wisdom Teeth» (2010) viennent témoigner de son goût pour l'humour noir, l'absurde, le nawak...

Bill est apparu pour la première fois dans le webcomic Temporary Anesthetics de Don. Il y est partagé ses réflexions (à la troisième personne) sur ce monde qui le dépasse, ces choses absurdes auxquelles il est confronté malgré lui. Mais c'est dans la trilogie de court métrages «Everything will be OK» (2006), «I Am So Proud of You» (2008) and «It's Such a Beautiful Day» (2011), de nombreuses fois récompensés, que son histoire est indéniablement la mieux racontée. 

Bill a un quotidien banal. Ce dernier nous est narré à très grande vitesse au travers d'une succession d'anecdotes. Parfois drôles, parfois tragiques, ce sont des petits riens qui viennent le bousculer. La perception stoïque des choses qu'il traverse nous donne à tous l'opportunité de poser ce jugement qu'il n'a pas ; de s'y attacher. L'histoire de Bill n'a rien d'extraordinaire, mais elle est épique, vous remue de l'intérieur car touche à notre condition d'être humain, Bill est grand. Mais Bill est peut-être atteint d'une maladie mentale mortelle... 

jeudi 28 février 2013

Punkryden Mixtape : February 2013

1. Föllakzoid - 9
2. Arch Woodmann - I Should Be Fine
3. Atoms for Peace - Before Your Very Eyes...
4. Vidia Wesenlund - Byssan Lull, Koka Kittelen Full (Samsara OST)
5. Uri Caine (Gustav Mahler) - Symphony n° 2 Resurrection, Primal Light
6. Other Lives - Black Table
7. Serafina Steer - Night Before Mutiny
8. Arch Woodmann - Sea Precious Sea
9. Michael Stearns, Bonnie Jo Hunt, Ron Sunsinger - Thousand Hands (Samsara OST)
10. My Bloody Valentine - She Found Now

mercredi 27 février 2013

Föllakzoid - II


Je le dis, le psychédélisme est pour moi une affaire d'outre-Atlantique. Difficile à croire qu'il est pu contaminer les îles Britanniques. Pour une simple raison : le soleil. Ce soleil accablant de la côte ouest qui liquéfie ton cerveau ; tu les sens ses rayons darder sur toi ? Qu'ils aient un goût de cactus, buvard ou mousseron, les idées fusent de toute part, le remue-méninge se fait systématique! Décollage avec les texans de 13th Floor Elevator, on plane toujours en 2013 avec The Black Angels. Certes, on a pu lorgner ces derniers temps du côté de l'Australie avec nos amis de Tame Impala. Mais maintenant, on peut compter sur une toute nouvelle destination, tout à fait improbable de par sa température moyenne plutôt clémente : le Chili!

Originaires de Santiago du Chili, les quatre membres de Föllakzoid, adeptes de longues séances de jams, tapent à mi chemin entre le krautrock et le spacerock. Déjà plébiscités en 2011 avec leur EP éponyme, ils reviennent cette année avec un second album sobrement appelé II. Le trip se veut cosmique comme en témoigne la pochette de l'album. Trois quart d'heures de voyage halluciné, répétitif, rythmé par la batterie métronome. Laissé en pâture à la progression des guitares et claviers noyés sous la reverb, on admire le paysage construit à partir des différents motifs atmosphériques. Soudain, cette voix spectrale nous rappelle qu'on est pas tout seul là-haut. Passés les 5 titres de II et surtout ce dernier titre Pulsar à l'urgence palpable tout du long de ses 15 minutes, la transcendance t'es acquise. 

jeudi 14 février 2013

De Stendhal à Baraka

La capacité d'étonnement est une chose précieuse qu'il faut chérir. Que ce soit à travers ces grâces fugitives s'égrainant dans notre quotidien, ou dès lors qu'il, le Beau, se déploie dans toute son envergure, il faut conserver coûte que coûte cette naïveté à aborder la vie sans préjugés. Le voyage, lui qui remet en cause nos routines, est l'occasion de s'exercer. Sauf que parfois, ça peut aller trop loin. Et Stendhal est là pour témoigner. En voyage à Florence en 1817, le célèbre écrivain français se vit contenter par la beauté de la ville. Jusqu'à en être submergé au point que le corps prenne le dessus sur la raison ; le degré de passion était tel quel la tachycardie, les vertiges voire même les hallucinations l'assaillaient à cet instant où la profusion de culture avait atteint l'excès. C'est ce qu'on a appelé aujourd'hui sobrement le syndrome de Stendhal. Et plus généralement, on l'associe aux syndromes du voyageur qui rassemble des troubles aux multiples causes qui touche surtout ceux qui n'ont pas anticipés ou ne sont pas pré-munis à vivre telle confrontation. Illuminations et visions enthéogènes dans l'omniprésence religieuse de Jérusalem, vacillement de la pensée et symbiose avec le tout en Inde où nos repères n'ont plus cours. De nombreux touristes japonais se sont aussi vus hospitalisés pour trouble psychiatrique après une visite dans le Paris loin de celui qu'ils avaient pu idéaliser!


Baraka, film de 1992, réalisé par Ron Fricke pourrait tout à fait lui aussi être une cause supplémentaire de dérèglement psychologique. C'est que ce documentaire sans parole nous livre rien d'autres que de magnifiques images du monde à s'en pâmer. En effet, l'équipe de tournage a parcouru le globe pendant quatorze mois pour réunir entre autres des séquences de lieux reculés et rares. Aujourd'hui en 2013, ces sites ne sont plus tous si inconnus du grand public mais une découverte est toujours la bienvenue (coup de coeur pour la Mosquée Shah Cheragh en Iran). A chaque plan, on retrouve ce même soin de la composition digne de la photographie. Baraka, c'est aussi l'homme replacé dans ce qu'il a de plus fondateur : sa spiritualité. Musulmans, chrétiens, juifs, derviches tourneurs, bouddhistes et autres rituels aborigènes viennent témoigner de cette volonté de communion. Les bonshommes bleus de l'Avatar de James Cameron n'ont d'ailleurs rien à envier au Kecak ou Chant du Singe de Bali. D'autres séquences plus dures viennent nous bousculer mettant en exergue les aspects destructeurs de l'humanité comme la misère ou les dérives du «progrès». On oubliera pas de parler de la bande son signée Dead Can Dance qui est à tomber. Baraka est à découvrir, de préférence en HD, par ici. Pour aller plus loin, la bande-annonce de son dernier film en date Samsara par ici

Punkryden Mixtape : January 2013

1. Ty Segall & White Fence - Time
2. Pantha Du Prince & The Bell Laboratory - Photon
3. David Åhlén - Nothing but your love
4. Rachel Grimes - Earthly Heaven
5. Ty Segall Band - Diddy Wah Diddy
6. Fauve - Nuis Fauves
7. Yom, Wang Li - Flower Diary
8. Granville - Jersey
9. Grischa Lichtenberger - Uu78
10. Arianna Savall, Petter Udland Johansen - El Mestre

dimanche 6 janvier 2013

Punkryden Mixtape : December 2012

1. Mermonte - Oups
2. Father John Misty - Hollywood Forever Cemetery Sings
3. Bjork - Arabadrengurinn
4. Flying Lotus - Until the Colours Come
5. Mount Eerie - The place I live
6. Laptop Sisters - Laptop 2
7. Pedro Soler & Gaspar Claus - Barlande
8. Musette - Little Elvis
9. Mount Eerie - Pale Lights
10. Steven Sufjans - Joy to the World

La Petenera

Comme toute légende, la frontière entre vérité et douce invention est bien fine. Allons donc de notre couplet. Celle de «La Petenera» on l'attribue à une certaine Dolores originaire de la ville de Paterna de Rivera en Andalousie. L'histoire se déroulerait au début du 19ème siècle. La jeune fille incroyablement romantique rencontre un bellâtre avec qui elle pense passer le reste de sa vie. Une fois séduite et l'affaire conclue, l'amant s'en va vers de nouvelles conquêtes laissant notre Petenera dans un chagrin inconsolable. Dans sa détresse, elle décide alors de se venger à travers tous les hommes qu'elle rencontre. Séduits et abandonnés à leur tour, elle leur transmet une part de cette souffrance qui chez elle ne veut pas s'éteindre au point qu'elle en tire petit à petit une certaine jouissance. Jusqu'au jour où un des malheureux amants n'ayant pas apprécié sa façon de faire la poignarde, douze fois. La Petenera c'est une histoire de vengeance qui termine en bain de sang. Mais c'est surtout ce chant profond et mystérieux, issu du répertoire de «palo flamenco» (type de chants), incroyablement triste, qui met à nue l'âme damnée de notre allumeuse vengeresse. 


La Petenera, «cante de ida et vuela», signifiant «chant d'aller et retour» prendrait son origine comme un certain nombre de palo flamenco dans un échange entre l'Espagne et l'Amérique du Sud. Le melting-pot d'influences est tellement riche qu'il existe même des traces dans les chants des juifs séfarades. Mais attention, rien qu'évoquer La Petenera, dis-t'on, attirerait le mauvais oeil. Cependant, certains artistes passent outre la superstition et nous offrent de magnifiques interprétations. Laura Vital, fer de lance d'une nouvelle génération de «cantatores» sait éprouver le respect aux maîtres classiques tout en étant ouvertes au récentes influences. Sa voix remarquable et sa maîtrise en fait une bonne introduction pour apprécier la profondeur de ce chant mélancolique. Plus récemment, Pedro Soler, guitariste flamenco espagnol avec son fils Gaspar Claus propose une version instrumentale des plus passionnée. Le père gratte les cordes avec toutes les certitudes qu'apportent des décennies de pratique tandis que le fils violoncelliste, déchaîné, fait exprimer son instrument avec fougue. Pour finir avec un autre moyen d'expression, on jettera un oeil à la performance théâtralisée de la grande danseuse de flamenco Manuela Vargas.