dimanche 14 septembre 2014

The Moon Goose Analogue

L'animal qui peut se targuer d'être le plus fier descendant du vélociraptor, c'est bien l'oie. Qui ne s'est jamais fait prendre en grippe par le volatile me donne le premier coup bec. La bête est d'une persévérance sans borne. Dans l'effort d'abord ; sa pugnacité face au grande migration la pousse jusqu'à l'épuisement total. Dans la fidélité ensuite ; il était conseillé jadis aux couples grecques ayant des problèmes conjugaux, d'élever des oies et ainsi prendre exemple sur elles. Enfin, pour notre plus grand plaisir de consommateur des internets, il y a youtube et la vendetta gratuite qu'elles font subir à des gens qui étaient simplement au mauvais endroit au mauvais moment et ça c'est cool.


Moins connu du grand public, ce sont les oies sélénites qui témoignent le plus de cette combativité qui en fait son trait principale de caractère. Oui car en effet, cette race d'oie effectue sa migration annuellement entre la Terre et la Lune. C'est en tout cas ce que raconte Francis Godwin en 1638 dans son ouvrage controversé «The Man in the Moone». On y croit, on y croit pas, il n'empêche que le premier homme a avoir foulé le sol lunaire, exploit encore jamais réitéré, aurait fait le voyage dans un char porté par des oies lunaires. C'est dans l'optique de faire avancer la cause scientifique que l'artiste allemande Agnes Meyer-Brandis s'est décidé à monter un élevage d'oie lunaire.

Maman oie d'une portée de onze oisons, à qui elle a donné des noms d'astronautes, c'est dans un lieu inconnu en Italie qu'elle a ré-créé les conditions de vie sur la Lune pour les y accueillir. La colonie, ainsi dans son élément, peut jouir d'une réplique de la surface constellée de cratères de notre satellite. L'emplacement de la ferme étant tenu secret, une salle de contrôle, ouverte au public et déplacée pour les besoins des expositions, permet à tout un chacun de les observer dans leur habitat naturel via des webcams. Ludique, il est aussi possible de skipper ; elles, peuvent nous répondre par transmission morse. En espérant que cette initiative se solde par un succès, un jour peut-être pourra t'on de nouveau aller sur la Lune.

lundi 1 septembre 2014

La famille Zammuto

Aujourd'hui, partons à la rencontre de la famille Zammuto. Il va s'en dire que je ne vous présente plus Nick, chef de famille et ancien membre du regretté groupe The Books. Le duo composé de Nick Zammuto et du violoncelliste Paul de Jong délivre une folk hybride faite de collage sonore que l'on peut s'amuser à cloisonner dans une genre unique qui lui serait propre, ahah! Quatre albums à leur actif, tous très acclamés par la critique et début 2012, sans crier gare, c'est le hiatus! La (ma) peine de la séparation s'estompe vite, Nick reprend du service la même année encouragé par sa femme Molly. Son frère Mikey à la basse, c'est sous le pseudonyme Zammuto qu'il remet le couvert. L'ex The Books n'a finalement pas tout à fait tourner la page et c'est tant mieux!


Chez les Zammuto, la musique se veut une histoire de famille, c'est le gagne-pain. Molly, quand elle ne s'occupe pas de ses trois enfants et du jardin potager qui nourrît presque à lui seul la maisonnée, participe aussi au packaging des disques imprimés main. C'est peu dire si le couple s'est construit un nid douillé où la créativité prend place et s'exprime paisiblement à son rythme. La maison qui illustre la pochette du nouvel album en cette rentrée 2014 est le symbole de cette réussite. Acquise en 2006, agrandie et aménagée au grès des naissances, un studio d'enregistrement installé dans l'abri-jardin, un grand terrain propice à la liberté ; c'est la maison familiale, ce refuge qui te fait dire : «Ca y est. C'est ici. C'est chez nous.»


Vidéo de campagne de financement pour le second album
Zammuto - IO (Nick construit et s'amuse avec un trébuchet)
The Books - Take Time

samedi 30 août 2014

Punkryden Mixtape : August 2014

1. Imagho and Mocke - Le vieux demi-quartet
2. Fakear - La Lune Rousse feat. Deva Premal Paris to Dinard
3. Apparat - A Violent Sky Vanilla Sky
4. Lhasa and Franck Monnet - Fiancés  Les Faons
5. Pinkunoizu - Tin Can Valley bah moi c'est celle que je préfère
6. Tania Libertad Ft. Cesaria Evora - Historia De Un Amor que ha terminado
7. Braids - Fruend Grimes
8. Slipknot - The Negative One surfacing
9. Chad VanGaalen - Weighted Sin weird folk
10. Cloud Nothings - Pattern Walks rock cavalcade bruitiste

dimanche 10 août 2014

Tracks ou the Camel Lady


Attention : les lecteurs doivent être conscients que cet article contient des images ou des noms de personnes décédées pouvant causer la détresse des aborigènes et des habitants du détroit de Torres.

«Pourquoi ?» C'est la question à laquelle Robyn Davidson s'est souvent heurtée quand on l'interroge sur son incroyable périple de 2700km à travers le désert australien. Un trek de neuf mois d'Alice Springs jusqu'à l'océan indien accompagnée par quatre chameaux et son chien. Un long voyage qui nous confronte au «bush», ces étendues plates, tantôt à la végétation éparses tantôt arides, avec cette terre ocre qui convoque l'âme des premiers hommes qui en foulaient la surface sacré si inhospitalière. 

«Pourquoi pas ?» Contrairement à un certain Christopher McCandless, la démarche de la jeune fille de 25 ans est plus réfléchie et ne témoigne d'aucune fuite en avant. L'idée est de s'éprouver. Le choix des chameaux est le plus adéquat, la motorisation ne permet pas de s’imprégner en profondeur du paysage. Elle acceptera de se faire sponsoriser par The National Geographic ; leur condition est sans appel, un photographe l'accompagnera ponctuellement pour figer des instants de son parcours.

«Parce que !» Tout est invocable - le suicide de sa mère, comme sa fréquentation du mouvement beatnik de Sidney : The Push, la vie au grand air, la liberté qu'on ne lui cloisonnait pas comme aujourd'hui avec nos gosses et qui pourtant construit une personnalité - alors que le déclic ne tient qu'à elle. Ce grain de folie qu'on considère avec amusement, elle, elle l'a chéri, couvé, pendant ces deux ans où elle préparait son voyage en se confrontant au métier de chamelier, pour enfin le faire germer.

«Et donc ?» Tracks, c'est le récit qu'elle rédigera à posteriori. On peut prendre ça comme un récit féministe : fin des années 70, l'émancipation du sexe faible, une femme peut très bien vivre comme elle l'entend et surtout sans mari. Ou comme ce qui l'est, un récit de voyage : un hymne au dépassement, des anecdotes sur les chameaux, ces animaux formidables et fidèles mais aussi drôles quand ils sont soumis à leurs humeurs. Enfin le travail du photographe Rick Smolan vient illustrer avec émerveillement les mots de la jeune fille.

«Pas mal !» En 2014, c'est dans les traits de la polonaise Mia Wasikowska (Only Lovers Left Alive, Restless) qu'est incarnée la femme aux chameaux. Le film est beau à crever. Par les paysages forcément, l'aventure bien sûr, l'actrice ensuite, mais enfin parce qu'il traduit à la perfection cette symbiose, cet abandon à mère nature, cet accablement bienheureux quand on jette un regard en arrière à la zone de confort, quelque part à l'horizon, là où on l'a laissé. Cet état de grâce qui touche aux divins.

Des extraits du livre
Bande-annonce du film

samedi 9 août 2014

Duet vs Super Hexagon


« A l'instar de Super Hexagon, dans Duet, si tu touches à rien, bah tu perds. » Voila comment j'aurais pu débuter l'article.  De ces deux jeux au concept fortement semblable, c'est l'occasion de mettre à plat ce qui les rapproche tout comme ce qui les distingue. Disponibles sur smartphone et sur PC, décryptage de deux casual game qui dépotent.

Points communs :

- Leur concept a un nom : « Die and Retry ». Parfois, ça te souale, et ça s'appelle juste « Die ».
- Le but est de s'échapper d'un labyrinthe sans rentrer en contact avec ses murs, un peu comme le jeu du parcours électrique dans les kermesses de village
- Les jeux sont difficiles voire très très très difficiles pour un être humain ; point non bloquant, qui a dit qu'en jouant tu continuais à en être un ?
- Deux boutons suffisent pour jouer ; l'entité qu'on contrôle tourne autour d'un axe dans un sens ou dans l'autre ; tu pètes une touche (ça n'arrive pas qu'aux autres), tu est handicapé à 50%
- La direction artistique se base sur des motifs géométriques, il faut arrêter d'y voir un sens, il n'y a pas de complot, ok?
- Intrinsèquement lié aux trois premiers points, une symbiose se créé entre le joueur et le jeu au point que le premier n'a plus à se questionner sur comment jouer car de toute manière il est le jeu et ça c'est beau, il en éprouve même un certain bonheur
- L'apprentissage se fait via la répétition de pattern non intuitif, complexe ou trop rapide pour être exécuté visuellement ; les chances de succès résident dans le développement de sa rapidité d'analyse pour prise de décision d'exécution des patterns et sur les réflexes d'apprentissage purement reptilien quant à l'exécution des patterns en eux mêmes
- La bande son est excellente, elle contribue beaucoup aux deux points précédents
- Une voix féminine nous récompense de sa présence une fois passé un niveau ou un seuil, je pense que ça aurait été différent avec une voix d'homme
- C'est rigolo quand tu rates inlassablement au même endroit et que là tu arrives à un peu plus loin, c'est la panique, c'est en freestyle, tu es partagé entre l’adrénaline qui te galvanise et la folle surprise que tu te sois pas encore planté : ce sont les meilleurs moments
- C'est indé, hihihi

Différences :

- L'échec est sanctionné par un flash lumineux épileptique dans l'un, tandis que dans l'autre, le niveau porte les stigmates par des éclaboussures dégeux là où les impacts ont eu lieu, au point que parfois, c'est un vrai champs de bataille ; les deux formes de punitions sont traumatisantes
- Le premier a un défilement vertical alors qu'avec le second, il se fait de manière pseudo-concentrique : hexagonal, en fait
- Ça va très vite, puis vachement vite, et on comprends rien car c'est violement psychédélique dans Super Hexagon ; Duet, lui, favorise un gameplay particulier qui implique de contrôler deux entités sur la diagonale d'un cercle, une entité à la fois simple et double, appréhender ce couple dans son entièreté mais aussi dans ses composantes est nécessaire
- La progression dans le jeu de Terry Cavanagh est très lente et se fait dans la souffrance : 6 niveaux, 1min à tenir pour chaque, autant dire que parfois 1s de plus sur le record précédent, c'est toute une vie qui s'écoule ;  la progression dans le jeu du studio Kumobius est rapide et souple, des niveaux à taille humaine qui récompensent plus vite l’apprentissage, un mode infini vient combler les adeptes du scoring et du self-control
- Le jeu avec les boules rouges et bleus possède un mode histoire « Histoire » et un mode épilogue « Epilogue », deux parcours qui nous fait passer par les différentes phases du deuil (déni, colère, marchandage, etc) mais aussi de la reconstruction qui s'en suit ; ce qui n'est pas tout à fait vrai sachant qu'on traverse chacune de ses phases périodiquement à chaque niveau

Duet Original Soundtrack
Super Hexagon EP

Duet Trailer
Super Hexagon Trailer

samedi 2 août 2014

Punkryden Mixtape : July 2014

1. Coming Soon - Radio Broke (Feat. Cassie Berman) video kill the radio broke star
2. CHAMPS - St. Peter's truc hype
3. Crass - Smash the Mac groove punk
4. Dai Watts - Bali on a Bicycle  virée enjouée
5. My Brightest Diamond - Dreaming Awake (Son Lux Mix) < 3 voir 4
6. Jozef Van Wissem and SQÜRL - The Taste Of Blood (Only Lovers Left Alive OST) velvet 
7. Grouper - Water People coton
8. Shabazz Palaces – #CAKE gâteau
9. Meridian Brothers - Juego Traicion ehhh
10. My Friend Samuel – Our Anthem (Illusions in Iramoo) minimale de la jungle

jeudi 3 juillet 2014

Pourquoi Solidays, c'est pas mon truc ?

M'échinant à trouver l'entrée du festival, v'la que Fauve se fait entendre dans l'air. Au-deçà des grillages, quelque part dans l'enceinte de l'hippodrome de Longchamp, le collectif de musiciens pour lequel je me déplace est en entrain de dérouler son show. Il est 23h30, qui au bon dieu aurait pu imaginer qu'ils les fassent passer en tout début de soirée ? L'urgence se fait contagieuse ; les gens avec lesquels j'effectue la transhumance pressent le pas ; d'autres, clairement tapent un sprint. Le sentiment d'indignation se fait audible alors que, impuissants, plusieurs kilomètres nous séparent encore du lieu des festivités : «C'est vraiment entrain d'arriver ! On est ici et c'est entrain de se passer là-bas !». Quand on s'enquit auprès du bénévole sur la direction à emprunter, le bénévole flaire l'état fébrile qui nous anime, en joue et nous invite tout bonnement à rentrer chez soi. Après un parcours qui donne plus l'impression de s'éloigner que s'approcher de là où les choses se passent, je trouve une brèche dans le bordel et m'y engouffre.


La même distance parcourue à l'intérieur qu'à l'extérieur en sens inverse, je joue des coudes pour entrevoir le groupe jouer ces derniers morceaux, il est techniquement trop tard pour remonter cent kilomètre de marée humaine. Refroidi par ce coup foireux de programmation, je décide de gagner en visibilité sur le reste-à-voir mais ma chasse des heures de passage se fait infructueuse. Je me résigne, certes en bonne position, non loin d'un écran géant qui indique «Shaka Ponk». Ce fut pas mauvais en soi, pas plus que les spots de préventions diffusés avant le concert. Mais on va pas se mentir, ce sandwich à la raclette, juste après, m'a beaucoup plus fait rêver. L'inconnu qui opinait du chef en quête de mon approbation ne dira pas le contraire. Que ce soit les difficultés techniques du groupe ou le public mou-du-genou, j'ai vu mieux. Mais c'est la recrudescence des siffleurs, être humain inutile né avec ce don agaçant qu'il utilise outre-mesure - «Je sais faire, je fais alors.» -  toujours en bonne position pour faire vibrer dangereusement mes tympans, qui m'a le plus affligé. 

Ça s'améliore un peu avec Vitalic malgré la sensation que son show n'ait pas évolué d'un poil depuis cinq ans. Le public est au rendez-vous, peut-être même un peu trop, au point d'avoir un centimètre carré pour s'exprimer physiquement. Les degrés de liberté disparaissent à mesure que les gens s'agrègent les uns aux autres. Dans la configuration de la liaison pivot glissant que j'avais consenti à embrasser, la foule finit en masse solidaire, monolithique, encastrée comme une brique lego. En fait c'était bien, ça allait. Un type me confesse «t'es bourré ou t'as juste l'air d'un con» ; je me décide à aller boire une bière méritée, tiens. Ah mais c'est qu'à Solidays, on ne sert pas de pintes (50cl), enfin si : juste le gobelet ! Ça déborde, il parait ! L'alternative proposée est assez ludique. Elle consiste en deux demi dont le consommateur n'a plus qu'à verser le contenu du premier dans le second. Le miracle ainsi obtenu, il ne reste plus qu'à se mettre dans la file pour la consigne du gobelet inutile ou le balancer par terre parce que bordel.  

Lors de mon repérage global affairé avec le sandwich à la raclette, il y a bien une information que j'ai mis dans un coin de ma tête, c'est que Salut c'est cool officiait à 3h30. Esseulé, dans l'attente de ce rendez-vous, j'errais de façon distraite entre Pfel (C2C) et la vue des gens équipés de casque audio HF s'amusant en silence sous le chapiteau de Silent Disco. Puis les reflets de la boule à facette qui tachetait la pelouse et enfin l'ennui qui me gagnait. Entre electro clash bienheureuse, techno viking gringalet, des chats, des pingouins, un mauvais goût assumé, Salut c'est cool réveille le public avec ce sentiment simple et efficace : on est là pour s'amuser. «Il faut que tu ailles danser sur la scène», je pense avoir compris. Je fais répéter mais n'y entends pas plus. Je renonce à mon visage interrogateur et m'abandonne à un geste d'acquiescement bienveillant. Mon interlocuteur le reçoit bien, son visage s'éclaircie. On est heureux, nous nous comprenons. C'est vrai, il doit avoir raison, ça a l'air sympa d'aller danser sur la scène. Mais voila, Solidays, c'est pas mon truc.